Le porte-avions est un navire de guerre disposant à son bord d’aéronefs (Avions combats, hélicoptères) pouvant décoller de son pont supérieur aménagé en plate-forme permettant le décollage et l’appontage des appareils.
L’idée de création du porte-avions est apparue au début du 20ème siècle. Les premiers essais sont alors menés par l’US Navy dans le cadre de la création d’une plateforme flottante destinée au décollage des aéronefs . Par la suite le premier véritable porte-avions capable de faire décoller et apponter des avions verra le jour en 1917. Ce n’est que lors de la seconde guerre mondiale que le porte-avions jouera un rôle majeur dans les batailles maritimes, notamment les batailles ayant eu lieu dans le pacifique entre la marine américaine et celle du Japon.

Le porte-avions, instrument de projection et de puissance
Aujourd’hui, le porte-avions est un symbole de puissance internationale pour les marines des grandes puissances. Le rôle central du porte-avions dans les guerres moderne ne peut être nié, et ceux encore plus aujourd’hui avec les guerres asymétriques.
L’engagement des porte-avions Américains (Dwight D. Eisenhower), Russes (Amiral Kouznetsov), et Français (Charles de Gaulle) dans la lutte contre Daech illustre bien ce concept dans la mesure où les porte-avions ont été envoyés sur les rivages du Proche et Moyen-Orient pour combattre Daech et soutenir l’avancée des troupes kurdes et irakiennes. Ils ont donc établi une ligne de front loin des territoires nationaux pour les préserver. Cet engagement montre bien le rôle majeur que peut jouer le porte-avions dans la gestion d’une menace régionale. La projection du porte-avions permet d’élargir son rayon d’action à l’international pour toute intervention militaire à l’extérieur.
Le porte-avions est également un formidable outil diplomatique, qui permet d’influencer les négociations internationales. Comme le disait Henry Kissinger , en expliquant que « le porte-avions, c’est 100 000 tonnes de diplomatie », le porte-avions, en tant qu’instrument de la projection de puissance, peut être considéré comme une arme de dissuasion, un moyen de pression. L’exemple type est celle de la 7ème flotte qui avait été envoyée près de la Corée pour faire pression sur le président nord-coréen, mais également sur la Chine aux ambitions hégémoniques, et enfin pour rassurer les alliés américains.

Rencontre du Charles de Gaulle et de l’USS Dwight D. Eisenhower @USA NAVY

Un outil coûteux
La plupart des grandes marines modernes le savent, la fabrication d’un porte-avions est très coûteuse et demande un certain savoir-faire, l’acquisition et la maîtrise d’une certaine technologie dont peu d’États disposent. Seule une poignée d’États ont aujourd’hui la capacité de se lancer dans des projets de construction de navires de ce genre : les USA constituent à ce titre les leaders de ce cercle restreint, en tant que première puissance navale, la marine américaine dispose à ce jour de 11 porte-avions dont le tonnage varie entre 72 900 pour les porte-avions de classe Nimitz et 112 000 pour ceux de la classe Gérald R. Ford. Pour l’acquisition des nouveaux porte-avions de classe Gérald R. Ford, les USA ont dû débourser la somme de 12,9 milliard de dollar pour la construction du seul porte-avions USS Gérald R. Ford. Le coût élevé de la construction de ce porte-avions montre à quel point les États capable de se lancé dans la conception d’un tel ouvrage restent peu nombreux.
Le coût moyen de construction d’un porte-avions ou d’un porte-hélicoptères varie en fonction de sa taille et de ses équipements. En effet le prix d’un porte-avions diffère très grandement de celui d’un porte-aéronef, et pour cause, ce dernier se trouve être plus petit et moins performant qu’un porte-avions classique. Sa capacité d’emport reste limité tant au niveau des appareils pouvant être introduit à son bord que de la capacité de projection .

L’USS John F. Kennedy juste avant l’ouverture des vannes de sa cale de construction ©HII

A celle de la construction vient s’ajouter le coût de fonctionnement des porte-avions. Le maintien en opération d’un groupe aéronaval demande de gros moyens à la fois logistique et financier.
Quand bien même qu’il soit un navire de combat, le porte-avions ne peut à lui tout seul assurer sa protection. Pour ce faire il a besoin d’une escorte lui permettant de mener à bien ses différentes missions. La plupart des porte-avions bénéficient pour leur protection, de 6 navires d’escorte environ dont des frégates, des navires de ravitaillement et des sous-marins. Ces navires sont censés assurer une protection optimale du porte-avions contre toutes sortes de menaces.
L’ensemble de ses navires d’escorte et appareil embarqué constituent le groupe aéronaval du porte-avions.

Le groupe aéronaval de la marine française

Le groupe aéronaval de la marine française
Les menaces auxquelles doivent faire face le porte-avions sont de plus en plus perfectionnées, tel est le cas des sous-marins d’attaque et des missiles hypersonique, qui constituent autant de risques auxquels le porte-avions doit faire face.

La menace sous-marine
Ennemi depuis toujours du porte-avions, les sous-marins se sont également réinventés au cours de ces dernières années. Tout comme les porte-avions, les sous-marins ont également bénéficié d’une modernisation plus accrue les rendant encore plus dangereux pour les navires de surface. La mise au point de ces nouveaux engins, plus autonome et mieux armée que ceux des précédentes générations, les classent parmi les rois des océans, et ce grâce à leurs discrétions et efficacités à surprendre l’adversaire.
Force est de constater qu’aujourd’hui, l’autonomie d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) n’est limitée que par sa capacité d’emport en vivres et munitions et la résistance de son équipage. Il peut lancer en plongée des missiles dont la portée atteint plusieurs dizaines de kilomètres. L’exemple des marines française et russe qui viennent de mettre en service de nouvelles classes de sous-marins nucléaire d’attaque (Barracuda pour la marine française ; Kilo, Yasen russe) montre ainsi l’évolution significative dont a pu bénéficier ce navire submersible.
L’armement des sous-marins a lui aussi connue une évolution significative, passant de simple missile de navire anti surface à charge classique pouvant à peine atteindre 30 nautiques, à des missiles à charge nucléaire pouvant aller jusqu’à 300 nautiques.

L’évolution des missiles
Arme de destruction par excellence, le missile est un atout majeur dans la neutralisation de navire de guerre. L’apparition de nouveaux modèles de missiles, notamment les missiles hypersoniques, est une autre menace non négligeable pour les porte-avions. Ces armements sont d’une très grande diversité, que l’on parle des missiles balistiques ou de croisière ; anti-navires, anti-aériens ou anti-missiles et ils peuvent être mise en œuvre depuis des avions de chasse ; des drones ; des sous-marins ; des frégates ; des destroyers ; des croiseurs ; des véhicules terrestres). L’amélioration constante de ces armes limite les capacités opérationnelles des porte-avions, surtout que la capacité d’emport et la distance parcourue reste largement supérieur à celle des torpilles. La mise en service ces dernières années de missiles intelligent est plus efficace que les précédents et ne fait qu’accroître les menaces auxquelles doivent faire face les porte-avions. L’efficacité des missiles Tomahawk américain et Kalibr russe, montre à quel point il devient de plus en plus difficile pour le groupe aéronaval de se rapprocher de ses cibles et surtout d’assurer une protection globale du porte-avions.

Missile de croisière Tomahawk

Bien qu’étant très loin de ressembler à un porte-avions ou tout autre navire de fort tonnage, l’ancien catamaran de transport rapide de l’US Navy, exploité depuis 2015 par les Emirats Arabes Unis, a fait l’objet d’attaque en octobre 2016 près du détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge et l’océan Indien. Le navire, semble avoir été visé par un ou plusieurs missiles tirés depuis des embarcations légères, appartenant aux rebelles yéménites Houthis.
Cette attaque montre à quel point les missiles restent une menace réel pour les navires de guerre en tout genre notamment les porte-avions. La facilité à être monté sur tous types de navires (corvette ou vedette) fait des missiles des armes redoutables.

Le porte-avions a de beaux jours devant lui
La course aux océans se poursuit, le porte-avions reste encore à cet effet un instrument de puissance et un outil de projection de forces encore inégalé et sans rival.
Les nombreux chantiers et projets de construction de porte-avions prouvent à quel point cet outil reste avant tout un instrument indispensable de suprématie navale, mais également de diplomatie. Les grandes marines navales disposent toutes à ce jour de porte-avions ou porte-aéronefs en service, en cours de construction, de modernisation, ou en projet pour certains.

L’USS Gerald R. Ford en essais en haute mer

Avec 11 porte-avions en activité, les USA restent à ce jour les maîtres des mers. A Washington, l’idée d’une fin inévitable des porte-avions à moyen terme n’est pas partagée par beaucoup. Pour une raison simple : aucun vaisseau ne peut actuellement s’y substituer pour jouer son rôle de projection de forces. L’équivalent pour le 21ème siècle des porte-avions qui ont supplanté en 1945 les cuirassés et les croiseurs de bataille n’existe pas encore. Plusieurs pistes existent néanmoins à Washington. La première est d’investir massivement dans l’amélioration des systèmes de défense anti-missiles pour que ceux-ci puissent être plus sûrement capables de venir à bout d’armes hypersoniques et de missiles balistiques.

Samou KOUYATE

 

BIBLIOGRAPHIE
Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, economica, Paris, 1990, collection stratégies et technologies, 191 pages.
Caroline Galactéros, « Les porte-avions sont-ils devenus des cimetières flottants ? », avril 2016.
Amiral Edouard Guillaud, ancien Chef d’état-major des armées, « Propulsion nucléaire et souveraineté nationale : la question du porte-avions », la Fondation pour la Recherche Stratégique, recherches & documents N°7/2018.
www.institut-strategie.fr/PA7.htm