MINUSCA : OMP en Centreafrique.

 

La Centrafrique, ex-colonie française, est un Etat de 4,5 millions d’habitants avec comme capitale Banghi, rongé par les instabilités aussi bien politique que sociale et religieuse depuis son indépendance en 1960. Les causes sont multiples : nous pouvons notamment citer la fragilité des institutions étatiques avec la sécurité de l’armée assurée par des armées étrangères, des milices et des mercenaires. L’extrême pauvreté est également un sujet préoccupant avec un des taux d’IDH les plus faible au monde, le 226e, malgré l’existence de nombreuses richesses comme par exemple des diamants, de l’or, de l’uranium et du fer. De plus, la situation géographique du pays, enclavé entre le Soudan et la République Démocratique du Congo, amène la Centrafrique a être au coeur d’une poudrière et a être exposé à la prolifération des groupes armés et des armes légères, notamment à la suite de perte de pouvoir de Khadafi en Libye. 

Un coup d’État en mars 2013 fut orchestré par la Séléka, une coalition rebelle d’environ 20000 personnes créé en 2012,  ayant entrainé le renversement du président d’alors François Bozizé. 

Par la suite, cette milice composée de mercenaires de pays voisins comme le Tchad, fut dissoute et la situation n’a cessé de se détériorer. Les anti-balaka, une constellation de milices d’auto-défense villageoises apparues en septembre 2013 en réaction aux exactions de la Séléka. Les anti-balaka sont issus des populations du sud et de l’ouest de la Centrafrique, on les identifie à des milices chrétiennes alors qu’en réalité, ce sont des groupes qui obéissent souvent à des chefs animistes, attaquèrent Bangui le 5 décembre 2013, faisant 138 morts. Animés d’un esprit de vengeance envers les anciens de la Séléka, composés majoritairement de musulmans et coupables d’agissements meurtriers envers la population centrafricaine, les anti-balaka s’attelèrent pendant des mois à des expéditions meurtrières envers les musulmans, ce qui entraina le départ de 17000 d’entre-eux vers le Cameroun et 52000 autres auraient trouvé refuge au Tchad. 

La multiplication et l’intensification des violations du droit international humanitaire, tout comme les violations généralisées des droits de l’homme et exactions qui sont commis ont amené les Nations Unies à intervenir. En particulier à propos des éléments de la Séléka et les milices anti-Balaka, ayant notamment perpétré des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des arrestations et détentions arbitraires, des actes de torture, des violences sexuelles sur la personne de femmes et d’enfants, des viols, le recrutement et l’emploi d’enfants et les attaques contre des civils. Dans le but de faire cesser toutes ces violations, le conseil de sécurité a, à travers sa résolution 2127 adoptée le 5 décembre 2013, autorisé le déploiement de la mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA) mené par l’Union Africaine et l’opération française Sangaris, autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU dans sa résolution 2127, qui par la suite a été remplacée par la mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en république centrafricaine, la MINUSCA, autorisée par la résolution 2149 du 10 avril 2014. L’opération Sangaris regroupait 1200 hommes opérationnels entre 2013 et 2016 et depuis pour l’essentiel retirés, tandis que la MINUSCA regroupait elle 12000 hommes. 

Au terme de cette résolution et agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité autorise la MINUSCA à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour accomplir son mandat. Ses tâches prioritaires seront la protection des civils, avec une attention particulière portée aux femmes et aux enfants touchés par le conflit armé qui sévit dans le pays, l’appui à la mise en œuvre de la transition, y compris en faveur de l’extension de l’autorité de l’État centrafricain, du maintien de l’intégrité territoriale du pays et la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire. 

 

 

La mission onusienne doit faire face à plusieurs difficultés rendant difficile la bonne mise en marche des différents processus de paix signé par le gouvernement et les groupes rebelles sous les auspices de l’Union Africaine. Le dernier accord en date négocié à Karthoum prévoit de mettre en œuvre la création d’unités spéciales mixtes de sécurité réunissant certains combattants issus de groupes armés et des formations de l’armée. Le président de la République Centrafricaine (RCA), Faustin-Archange Touadéra, élu à la suite de l’élection présidentielle de 2016, s’est engagé à former un « gouvernement inclusif », ce qui, pour les médiateurs de l’Union Africaine et les groupes armés eux-mêmes, implique de faire une plus grande place à ces derniers au sein du gouvernement. La mise en place de ces dispositions se heurte à plusieurs obstacles notamment dû aux attaques des groupes armés à l’encontre des populations civiles, à cela vient s’ajouter les tensions interconfessionnelles qui viennent accroitre le nombre de victimes du conflit et rendent encore plus difficile la mise en œuvre d’un processus de paix et de réconciliation nationale. 

En plus des tâches dont elle a la charge, l’opération onusienne doit faire face aux actes hostiles perpétrés par les bandes armées à son encontre et celle du personnel humanitaire présent sur le territoire. 

Les accusations de viol et d’abus sexuel à l’encontre du personnel de l’opération onusienne ont eu pour effet de fragiliser à la fois l’opération mais surtout la confiance qui avait été établie entre les populations et les soldats de la paix, mais également de sapé le moral des troupes ayant en charge la protection des populations contre toutes les formes de violence. 

Il est aujourd’hui difficile pour l’opération d’assurer un contrôle et un respect strict des accords de cessez-le-feu entre le gouvernement et les groupes rebelles, notamment à cause de l’hostilité croissante de la population pour la mission onusienne face à son échec pour rétablir la paix dans le pays et la sécurité de ses habitants. A cela vient s’ajouter les violences intercommunautaires qui favorisent la création de milices, comme l’armée du seigneur d’Ouganda par exemple, et la prolifération d’arme de toutes sortent. Il a été décompté plusieurs milliers de mots et plus d’un million de personnes chassés de leurs pays et déplacés à ce jour.

Léna PIRARD & Samou KOUYATE