Par Firas KONDAKJI, sous la direction du Président de l’AISP/SPIA, Monsieur Laurent Attar-Bayrou.

[Sergei Grits/AP Photo]

La république de Biélorussie, la république du Bélarus, ou plus court, la Biélorussie est un pays de l’Europe de l’Est dont la superficie est de 207 600 km² peuplée par 9 4777 habitants. Le pays est enclavé par la Lettonie au nord, la Russie au nord-est et à l’est, par l’Ukraine au sud, par la Pologne à l’ouest et par la Lituanie au nord-ouest. Élu avec 80 % des voix le 10 juillet 1994, le président actuel de cette ancienne république soviétique, Alexandre Loukachenko règne sur le pays depuis plus de vingt ans.[i] Pourtant, visé par Loukachenko, souvent appelé le « dernier dictature de l’Europe », un sixième mandat présidentiel est plus difficile que jamais.

En effet, des manifestations ont eu place en Juin 2020 en réaction  de l’arrestation du blogueur Sergei Tikhanovsky. Ce Blogueur, par la suite de l’annonce de Loukachenko de son souhait de se candidater pour un sixième mandat, a commencé un tour le 11 Mars partout dans le pays sous le slogan « Pays pour vivre ». Son but était d’interroger les gens sur leurs pensées et espoirs par rapport à leur patrie et de publier ces interrogations sur sa chaîne YouTube. Un de ces vidéos est devenu emblématique. Dans ce vidéo, « une femme âgée pose la question rhétorique de savoir quoi faire quand vous avez un cafard dans votre maison, et répond nonchalamment que la seule chose à faire est de trouver des claquettes et de la tuer ».[ii]

Ce tour et cet interview a inspiré Tikhanovsky de se déclarer la  6 Mai comme candidat pour la présidentiel sous le slogan « arrêter la cafard », dans un signe au président Loukachenko. Très vite Tikhanovsky a été arrêté par le gouvernement et du fait exclu des présidentiels. Le 9 Août, Alexandre Loukachenko a déclaré sa victoire aux présidentiels. Depuis lors, le pays fait face d’une contestation sans précédente.

Dans un pays noté 5 sur 40 aux termes de libertés politiques et 14 sur 60 aux termes de libertés civiles,  les contestations dans un pays comme la Biélorussie est un péril majeur pour les forces de la sociétés civiles. En effet, l’ONG Freedom-House a noté que la Biélorussie est un pays « non-libre » avec 19 points sur 100 aux termes du niveau de  libertés, ce qui est très bas au niveau mondial.[iii] Cela correspond avec des rapports d’autres ONG de crédibilité internationale comme le ‘Human Rights Watch’ (HRW). En effet, HRW a déclaré qu’une centaine des manifestants arrêtés au cours des contestations récentes ont été soumis à des actes de torture pendant leur arrestation.[iv] En plus, l’ONG a appelé à condamner « l’usage disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques, les arrestations arbitraires, les mauvais traitements et les tortures. »[v]

Dans ce contexte, les forces extérieures de la Biélorussie ne semblent pas désengagé de la situation actuelle du pays. En l’espèce, l’Union Européenne et les Etats-Unis d’un part, et le grand frère russe de l’autre. Or, quels sont les intérêts qui engagent ces forces? et quelle perspective à donner aux dirigeants biélorusses?

La Biélorussie noue ses relations avec l’Union Européenne dans le cadre du Partenariat Orientale qui fait partie de la politique Européenne de Voisinage (PEV). Lancée en 2004, cette politique vise à « soutenir et favoriser la stabilité, la sécurité et la prospérité » dans le voisinage européen.[vi] Dans ce cadre-là, l’UE fournit 30 millions d’euros annuellement. Grâce à cela l’UE  a assisté 4500 entreprises biélorusses avec « financement, formation et soutien à l’exportation vers de nouveaux marchés ». Par conséquent 5700 emplois ont été créés dans les petites et moyennes entreprises. Ainsi, en réponse de la crise sanitaire de Covid-19, l’UE a débloqué 60 millions d’euros afin d’assister la Biélorussie dans sa gestion de la crise. En plus, et depuis 2016, la Banque Européenne d’Investissement s’est engagé à fournir 530 millions d’euros dédiés à supporter le secteur privé et des projets d’infrastructure. À cela s’ajoute le fait que l’UE et le deuxième partenaire commerciale de la Biélorussie avec des échanges qui atteint un quart du commerce global du pays.[vii]

Face à la situation actuelle, l’UE, vu ses liens économiques et institutionnelles si faibles avec la Biélorussie, n’a que les sanctions à brader contre Loukachenko afin de lui forcer à mener des réformes et stabiliser le pays. En plus, l’arme de reconnaissance comme un président non-légitime faute de « légitimité démocratique ». Un poids de pressions qui ne semble pas d’être très efficace vu le drame syrien qui, malgré toutes les mesures émises contre le gouvernement syrien, continue jusqu’à aujourd’hui. Vu que Loukachenko ne montre pas une souplesse, ni aux manifestants ni aux dirigeants européen et leurs demandes de réforme, le président biélorusse va tenter le chemin qui pourrait lui conserver le pouvoir, le chemin vers Moscou.

De son côté la Russie de Poutine semble mieux placé d’orienter Loukachenko vers une solution, une solution qui lui convient. En effet, la Russie reste le premier partenaire commercial de la Biélorussie. Selon les chiffres de 2018, 38.2% des exportations bélarusses sont destinée à la Russie. Et la Russie est à l’origine de 58.4% des importations bélarusse.[viii] Cela est dû en large partie aux 10 traités de libre échange qui lient les deux pays ensemble.[ix] Parmi ces traités est le traité de l’Union de la Russie et de la Biélorussie, créé le 2 avril 19997. Par conséquent, la Biélorussie est dépendant du grand frère russe qui voit dans ce pays enclavé une importance majeur pour sa position géopolitique dans la région. En effet, cette dépendance biélorusse vis-à-vis son voisin russe – notamment aux termes d’hydrocarbure, permet à la Russie d’exercer une main forte sur la situation.[x] Dans l’impasse actuel auquel le dirigeant Bélarusse fait face, la Russie semble d’être sa meilleure sortie.

En effet, face aux contestations sociales, perçues comme un complot mené par l’OTAN, le président biélorusse se tourne vers la Russie pour lui sauver la peau. Après des relations très chancelantes entre les deux dirigeants sur des questions liés au prix d’hydrocarbure, Loukachenko sait très bien qu’il n’y a que la Russie de Poutine pour lui affirmer son pouvoir sur la Biélorussie.

c’est dans ce cadre-là que le président Loukachenko a atterri à Sotchi afin de rencontrer Poutine. Un signe clair aux occidentaux, la fidélité de Loukachenko vers la Russie est incontestable. Par conséquent, poutine a annoncé un prêt de 1.3 milliard d’euros et une restructuration de l’immense dette biélorusse. Tout cela pour dire que la Russie de Poutine est bien présente, d’autant plus que la situation en Biélorussie relève d’une affaire intérieure russe.[xi] Une affaire dont la Russie souhaite tirer le maximum.

Nous avons pu voire les bénéfices économiques et stratégiques majeurs dont la Russie a tiré du gouvernement syrien en échange de leur intervention dans le pays afin de sauver le régime en place. Cela va se répéter dans le cas Bélarusse, car désormais, c’est le pragmatisme total qui règne au Kremlin.

En 2004, des disputes sur les prix du gaz ont déstabilisé la relation entre la Russie et la Biélorussie. Sachant qu’à l’époque la Biélorussie bénéficiait encore des prix préférentiels en ce qui concerne le pétrole. En janvier 2020, la Russie a demandé un compromis après avoir suspendu la vente du pétrole à prix réduit. Par la suite, Loukachenko a refusé cette technique russe en diversifiant ses sources du pétrole et en disant que le pétrole est utilisé comme une arme afin de ramener la Biélorussie dans la sphère d’influence russe, voire une unification avec la Russie. Aujourd’hui, le président Loukachenko a besoin d’un allié russe plus que jamais vu la situation actuelle et son isolement, ce qui va lui coûter cher. car Poutine va imposer ses conditions en échange de protéger le régime sur place. Certes que la Russie a besoin d’une Biélorussie autoritaire, calme, et sous le contrôle, et par conséquent ne va pas aller très loin dans ses exigences. Mais la marge de manœuvre de Loukachenko reste très étroite. Par conséquent, nous nous posons la question de savoir, serait-il prêt le président Loukachenko de tout céder face aux russes afin de préserver sa place sur la tête du pays? apparemment que oui.

Pendant que nous écrivons ces mots, nous avons su que malgré tout, et selon des rapports de média, le président Loukachenko a prêté serment pour son 6e  mandat. Un mouvement qui va lui couter cher en face de la Russie qui d’un jour à un autre affirme sa place comme une force géopolitique de plus en plus étendue dans toute les zones d’influence qu’elle a perdu après l’effondrement de l’URSS. Une puissance émergente face à une Union Européenne qui, malgré tous les projets ambitieux qu’elle sème partout, au nom de la démocratie et les droits de l’homme, semble incapable d’avancer ses projets de politique extérieur. Pourtant; le don peut changer vite, tout dépend des deux côtés principaux de la table, le peuple biélorusse, et le président Loukachenko.

[i] « Europe: Belarus — The World Factbook – Central Intelligence Agency », consulté le 22 septembre 2020, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/bo.html.

[ii] VITALI SHKLIAROV, « Belarus is Having an Anti-’Cockroach’ Revolution Against Lukashenko During the Coronavirus Pandemic », Foreign policy, 4 juin 2020, https://foreignpolicy.com/2020/06/04/belarus-protest-vote-lukashenko-stop-cockroach/.

[iii] « Freedom House, Freedom in the World 2020 – Belarus, 2020 », s. d.

[iv] « Biélorussie : Passages à tabac et tortures systématiques de manifestants », Human Rights Watch, 15 septembre 2020, https://www.hrw.org/fr/news/2020/09/15/bielorussie-passages-tabac-et-tortures-systematiques-de-manifestants.

[v] « Biélorussie : Passages à tabac et tortures systématiques de manifestants ».

[vi] « La Politique européenne de voisinage (PEV) | EU Neighbours », consulté le 23 septembre 2020, https://www.euneighbours.eu/fr/policy/la-politique-europeenne-de-voisinage-pev.

[vii] « EU Relations with Belarus », consulté le 23 septembre 2020, http://www.consilium.europa.eu/en/policies/eastern-partnership/belarus/.

[viii] « The economic context of Belarus – Economic and Political Overview – Nordea Trade Portal », consulté le 23 septembre 2020, https://www.nordeatrade.com/en/explore-new-market/belarus/economical-context.

[ix] Par Victor Alex et al., « Cinq infographies pour comprendre la Biélorussie de Loukachenko », leparisien.fr, 20 août 2020, https://www.leparisien.fr/international/cinq-infographies-pour-comprendre-la-bielorussie-de-loukachenko-20-08-2020-8370798.php.

[x] « La Biélorussie, Etat charnière entre la Russie et l’Europe », consulté le 23 septembre 2020, https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/13/la-bielorussie-etat-charniere-entre-la-russie-et-l-europe_6051995_3210.html.

[xi] « Biélorussie : Loukachenko remet son destin dans les mains de Poutine », Le Monde.fr, 14 septembre 2020, https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/14/bielorussie-loukachenko-remet-son-destin-dans-les-mains-de-poutine_6052172_3210.html.

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