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Crédits photo : John Ueland

 

Le 20 mars 2003, commencent les attaques de la coalition internationale contre l’Irak de Saddam Hussein, communément appelé seconde guerre du Golfe. Les objectifs clairement énoncés sont la lutte contre le terrorisme et l’instauration d’une démocratie en Irak (Operation Iraqi Freedom). Après avoir évoqué les suspicions grandissantes quant à la détention d’armes de destruction massive par le régime de Saddam ; les États-Unis de Bush-fils se sont engagés comme doyen du monde à envahir l’Irak avec l’aide d’une large coalition internationale, afin de répondre à la soi dite menace qui pèse sur la sécurité américaine et mondiale.

En vue de dissocier les perspectives du conflit, il est naturel d’accentuer le fait que tout le monde ne perçoit ou ne voit pas les évènements de la même manière.

La Maison-Blanche concernant ce conflit ne s’est pas engagée qu’à moitié, elle a dressé un véritable plan afin de sortir l’Irak d’une crise insurmontable au vu des lourdes conséquences de la guerre.

Après seulement quelques semaines d’affrontements, le drapeau américain est hissé sur Bagdad, la coalition vainc. Quelle est donc cette victoire ? Quel était le graal en question ?

Pour mieux comprendre les conséquences de cette crise, nous nous devons de dresser un bilan de cette opération pour en mesurer l’efficacité, ainsi que l’ampleur de cette intervention sur le tas, supporté et assuré par une vingtaine de pays qui étaient directement ou non, liés aux aboutissants du conflit. Par soucis de pertinence, il serait logique de retracer les rapports de forces historiques qui ont habités la région afin d’élargir le prisme de compréhension.

Si le régime de Saddam Hussein fût marqué par son autoritarisme, tous les éléments étaient rassemblées pour un ragout dictatorial durable sur le long terme. La Constitution irakienne de 1970 a remis tous les pouvoirs dans les mains d’une seule personne, le Président du Conseil du Commandement Révolutionnaire, qui cumulait les pouvoirs de chef de l’État, chef des armées, chef de l’exécutif, représentant le Conseil Révolutionnaire pour proposer et voter les lois.Il faut avant tout accorder une attention particulière à la situation géopolitique ayant hissée cet homme au sommet du pouvoir. Nous nous devons de faire état de la situation irakienne de l’époque, les tenants de l’Histoire rendant possible le despotisme de Saddam ne sont pas moins considérés comme cruciaux, l’idéologie panarabiste, anti-impérialiste, laïco-musulman (Parti Baath), et la florescence de l’industrie pétrolière sont autant de facteurs l’ayant hissés au sommet, et entretenus au-delà de l’exception individuel du personnage, grâce un environnement propice à son enracinement.

Il est passé en effet d’un allié pour les Occidentaux, les Soviétiques et le Tiers-monde à une menace mondiale imminente, et cela précisément pendant la période vulnérable du passage au nouvel ordre mondial, soit la chute du rideau de Fer, et la confirmation hégémonique américaine ; une nouvelle approche des relations internationales post-guerre froide où les USA se réclame justicier du monde libre, pour la célèbre annexion du Koweït par l’Irak comme territoire historiquement attaché à Bagdad, dans un contexte local post guerre Iran-Irak, de lourdes pertes économiques et un baril de pétrole qui n’a cessé de baisser ; Saddam a besoin de ressources, suite à l’échec impérieux d’envahir l’Iran, il se risque à annexer tout simplement le Koweït pour son deuxième gisement conventionnel de pétrole dans le monde.

La source du conflit US-Irak peut en soi être banalisé par de vieilles rancœurs interposant la famille Bush (fils et père) au clan Hussein. Ce que la première guerre du Golfe n’a pu liquider, George Bush Junior s’est juré d’en finir.

La partie adverse se doit d’être mentionnée comme protagoniste actif lors de cette crise. Le clan Bush a tacheté l’Histoire contemporaine par leur présence politique en tant que président des États-Unis lors des évènements marquants de la fin et du début de ce millénaire : soit la chute de l’URSS, la première et seconde guerre du Golfe, le 11 septembre, l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan. Hormis l’utilisation prouvée et condamnable d’armes biologiques pendant la guerre Iran-Irak sur la population iranienne, et au su avéré des États-Unis[1], cela n’a en rien découragé l’utilisation d’arme à uranium appauvri en total contradiction avec le droit international lors de la première et seconde guerre du Golfe, touchant des milliers de civils irakiens; et ce, sans pour autant provoquer la moindre réaction internationale.[2]

Il est important de rapporter les caractéristiques « pompier-pyromane » des conflits contemporains, articulés autour du commerce direct ou indirect avec des régimes hostiles, la contribution au renforcement militaire de ces derniers, et à partir de ce point, éclatent divers conflits majeurs.

Il est à relever que ces guerres sont une aubaine pour les lobbies militaro-industriels, comme ce fut le cas pour celle opposant l’Iran à l’Irak (1980-1988) où les États-Unis ont joué un double rôle dans l’armement de ces pays l’un contre l’autre, d’où le célèbre Irangate[3]sous l’administration Reagan. Au-delà des contrats d’armements secrets signés pendant les embargos, cela a réduit les prérogatives préventives d’un éclatement de la violence au Moyen-Orient, et accentua les capacités matérielles des partis prenant à engager le conflit.

Pour en revenir sur le paysage politique irakien, il faut souligner que l’exception multi-ethnique irakienne a toujours été un enjeux de taille à la crise, d’où l’émergence de fortes tensions entre les acteurs chiites, sunnites, chrétiens et kurdes dues à l’histoire clanique et tribale de ce territoire. À contrario des intérêts pluriels, la centralisation voulue et forcée dans le temps fût vouée à un échec cuisant et ne fît qu’accroitre la fracture ethnique des uns contre les autres. Saddam Hussein est un leader sunnite (minorité en Irak), et sa forte volonté de centralisation du pouvoir alors même que les divisions géographiques s’accentuaient, par l’émergence d’un indépendantisme kurde, où la quasi invisibilité des chiites dans la vie politique irakienne sont autant de facteurs ayant contribué à la division actuel de l’Irak.

L’institutionnalisation du jeu politique irakien sous la main des américains a amorcé un tournant fatidique de l’échiquier tel que nous le connaissons ; tout d’abord, un parallèle tiendrait d’un pur hasard du démantèlement de la police et de l’armée comme ce fut le cas pour l’Allemagne Nazi, ce qui accentue l’instabilité et l’incapacité à assurer la sécurité à l’intérieur du territoire. Dans un second lieu, une révolution du système politique voit le jour, voté par referendum en 2005 et à la large approbation populaire,  le modèle « consociatif », calqué sur le modèle libanais, un régime basé sur la distribution proportionnelle selon la religion ou l’ethnie du pouvoir politique, associé à un fédéralisme favorable à une autonomie kurde. Ce plan est vu comme une réparation historique des communautés lésées durant la dictature de Saddam. Malheureusement rien ne présageait l’appropriation de ce renouveau politique comme une arme d’ingérence étrangère autant pour l’Iran que pour les États-Unis, qui se livrent de nos jours à une course d’influence dans le Moyen-Orient, l’un ne cachant pas ses intérêts expansionniste d’accès à la méditerranée par les oléoducs et l’autre surfant sur une politique tantôt impérialiste-civilisatrice, voire coloniale.

Aujourd’hui , le ras-le-bol est perceptible, des générations plus exaspérées que jamais face au vécu de la guerre décennie après décennie. En octobre 2020, des nouvelles contestations générales voient le jour, moins connotées par les motivations communautaristes, les protestataires manifestent contre le chômage, la corruption, la déliquescence des services public, la tutelle de l’Iran et réclament la « chute du régime ». La population se compose de 60% de moins de 25 ans, une partie majoritaire n’ayant jamais connu la paix. Beaucoup de manifestants sont chiites , demandant le départ de l’élite, chiite elle aussi, qu’ils jugent prédatrice et corrompue. Ils ne veulent plus du régime politique confessionnel imaginé par les États-Unis en 2004 qui privilégie la majorité chiite, opprimée sous Saddam Hussein. Ils accusent les chiites au pouvoir d’être affiliés à Téhéran et de négliger les intérêts de l’ensemble de la population irakienne.

Crédits photo : Ahmad AL-RUBAYE AFP or licensors

Ouvertement, jamais l’histoire n’a permis une ingérence favorable dans sa quintessence des intérêts locaux des populations que ce soit l’Allemagne divisée post-guerre mondiale entre l’URSS et les États-Unis, ou encore en Irak champs de bataille de l’Iran et des États-Unis, où l’on exerce encore des démonstrations militaires comme ce fut le cas avec le récent assassinat du général iranien Qassem Soleimani par les États-Unis, ou l’abatage d’un avion de ligne ukrainien « par erreur » avec ses 176 passagers dont la cible de base était l’ambassade américaine à Bagdad.

Tous ces évènements laissent perplexe quant à l’aspiration première d’un peuple avec tous ses individus à vivre paisiblement sur leurs territoires ancestraux de Mésopotamie.

BRICK Mohamed

[1]Le Monde https://www.lemonde.fr/archives/article/2003/03/07/les-etats-unis-ont-lourdement-arme-l-irak-dans-les-annees-1980_311996_1819218.html

[2]https://www.sortirdunucleaire.org/Uranium-appauvri-un-tueur-meconnu

[3]  L’affaire Iran-Contra ou Irangate est un scandale politico-militaire survenu aux États-Unis dans les années 1980 pendant le second mandat de l’administration Reagan. Plusieurs hauts responsables du gouvernement fédéral américain ont soutenu un trafic d’armes vers l’Iran malgré l’embargo touchant ce pays. L’administration espérait pouvoir utiliser les produits de la vente d’armes pour financer les Contras au Nicaragua, malgré l’interdiction explicite du Congrès des États-Unis de financer ce groupe armé en lutte contre le pouvoir nicaraguayen.

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