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Le secrétaire général des nations unies, Antonio Guterres, s’est exprimé à l’occasion de la journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, le 6 février dernier. Il a déclaré « ensemble, nous pouvons éliminer les mutilations génitales féminines d’ici 2030 ; notre action aura des retombées positives sur la santé, l’éducation et la promotion économique des filles et des femmes ».

Le 8 mars est la journée internationale des femmes, l’occasion donc de rappeler qu’aujourd’hui encore, les femmes souffrent de discriminations à de nombreux égards et que la lutte pour l’égalité femmes/hommes semble loin d’être achevée. A l’ère du développement croissant des droits de l’Homme et du rayonnement de la société internationale, les droits des femmes semblent en effet au coeur de nombreuses préoccupations : violences conjugales et sexuelles, feminicides, discrimination à l’emploi, mariages forcés… Tant de problématiques qui semblent en effet particulièrement inquiétantes, et malheureusement, loin d’être résolues. 

Les Nations Unies, en tant qu’organisation internationale dont les objectifs primaires sont d’une part la promotion et la protection des droits de l’Homme et d’autre part le maintien de la paix, ont eu l’occasion de se pencher sur la question à plusieurs occasions. Un sujet pourtant trop peu abordé dans les médias semble vivement attirer l’attention des Nations unies : les mutilations génitales féminines (MGF). 

En effet, le 6 février était donc la journée dédiée à la lutte contre les MGF, créée à l’initiative de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2012. L’ONU intensifie effectivement ses efforts afin d’éliminer complètement cette pratique d’ici à 2030, conformément à l’esprit de l’Objectif de développement durable 5 : égalité entre les sexes.

Les mutilations génitales féminines : une menace inconcevable pour les droits des femmes

Les MGF sont constituées de « toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques » selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 1997). L’OMS distingue trois types de complications sanitaires liées aux MGF : les risques immédiats encourus au moment de l’acte, les risques de long terme pouvant survenir au cours de la vie et les risques spécifiques liés aux mutilations conduisant à une suture des grandes lèvres appelées mutilations de type III. Dans tous les cas, ces violences sont un danger pour la santé mentale et physique des femmes.

Ces violences sont considérées au niveau international comme étant une violation des droits humains des personnes de sexe féminin, si bien les femmes que les filles. Ces pratiques violent particulièrement leurs droits à la santé, à la sécurité et à l’intégrité physique, ainsi que de leur droit à la vie dans les cas les plus graves. En outre, leur droit à la vie privée et familiale est également violé dès lors que les MGF peuvent avoir des conséquences graves sur la santé « sexuelle, reproductive et maternelle » des femmes victimes de cette pratique, dans certains cas elles sont également nocives pour les bébés, les MGF pouvant conduire à des interruptions médicales de grossesse voire des fausses couches. 

Si les mutilations génitales féminines restent une pratique inconnue d’une importante partie de la société, elles sont pourtant constitutives d’une terrible réalité pour les nombreuses femmes qui en sont victimes. En 2016, l’Unicef estimait qu’au moins 200 millions de femmes et de filles étaient mutilées dans le monde (Unicef, 2016). Il est possible de citer quelques chiffres afin d’illustrer l’étendue de cette pratique : 98% en Somalie, 97% en Guinée et à 93% à Djibouti, de femmes âgées de 15 à 49 ont subi des MGF. 

Les MGF sont infligées le plus souvent entre 4 et 12 ans, mais tous les âges sont concernés par la pratique qui varie selon les ethnies ou les situations particulières, parfois au motif de rites culturels, d’autres fois en guise de sanction et certaines fois même au bénéfice du plaisir sexuel de l’époux. Les MGF sont majoritairement pratiquées en Afrique, mais également au Moyen-Orient et dans une moindre mesure en Asie comme en Inde ou au Pakistan par exemple.

Au delà des conséquences éminemment graves et préjudiciables pour la santé des femmes, ces pratiques discriminatoires constituent une véritable menace pour l’avenir des femmes. En effet, on observe une corrélation entre le risque de subir des mutilations génitales et le niveau d’instruction des femmes, les femmes les moins instruites ayant nettement plus de risques d’être victimes de MGF que celles étant davantage instruites. En revanche, contrairement à certains préjugés populaires, les enquêtes EDS et Mics démontrent que les MGF sont réalisées aussi bien sur des femmes animistes que  sur des femmes musulmanes, chrétiennes et juives (Unicef, 2013).

« Dans leur ensemble, de telles pratiques néfastes rendent presque impossible pour les filles qui en sont les victimes d’avoir les mêmes chances que les garçons dans la vie. »

Déclaration de Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive d’ONU Femmes, le 6 février 2018

 

Une réaction nécessaire des Nations Unies

Face à ces pratiques dangereuses et dégradantes pour le droit des femmes, les Nations Unies se sont saisies de cette question menaçante pour le respect des droits fondamentaux. En 1993, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait la Déclaration sur l’élimination de toutes les formes de violences à l’égard des femmes, avec une première référence explicite à la question des mutilations sexuelles. Dans cet élan de lutte contre les MGF, en 1994, la sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités adopte un premier plan d’action pour l’élimination des pratiques traditionnelles néfastes affectant la santé des femmes et des enfants. 

En parallèle, des instruments juridiques régionaux et nationaux ont été adoptés en vue de prohiber les MGF, traduisant donc une tendance à la répression de ces violences commises sur les femmes. 

Plus récemment, lors de l’adoption de sa résolution en date du 20 décembre 2012 l’Assemblée Générale des Nations Unies est venue interdire formellement la pratique des mutilations génitales féminines. Cette résolution, qui fixait notamment au 6 février la journée dédiée au rappel de la tolérance zéro des Nations unies et ses 194 Etats membres à propos des MGF, est une importante avancée pour l’anéantissement de cette pratique nocive pour les femmes à travers le monde.

La contribution des soldats de la paix au combat mené par les Nations Unies pour l’extinction des MGF

Les Nations Unies, dans une volonté d’atteindre une certaine parité femmes/hommes au sein des rangs des soldats de la paix, a effectivement déployé de plus en plus de femmes lors de ses opérations de maintien de la paix (OMP) conformément à la Résolution 1325 adoptée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité. 

Cet engagement croissant des femmes dans les missions des casques bleus a eu des effets bénéfiques à plusieurs égards sur la question des discriminations et du traitement des femmes au sein des pays en guerre. En effet, les MGF sont pratiquées également dans certains pays en conflit, au sein desquels les soldats de la paix sont ou ont pu être en intervention, comme en Somalie par exemple. A ce titre, les soldats de la paix, et précisément la présence de femmes soldats représentant les Nations Unies sur des territoires en conflit, ont permis de mettre en lumière les MGF et toutes leurs conséquences pour le droit des femmes. 

La stratégie des Nations Unies reposant sur une idée selon laquelle les femmes victimes, car plus en confiance et certainement moins gênées d’aborder des problématiques si intimes, seront plus en mesure d’en parler avec des femmes soldats. Dès lors, la promotion des droits des femmes et le maintien de la paix sont honorablement joints dans ce cadre, indissociables au regard des Nations Unies. Il est sans doute important de souligner cet effort concret des Nations Unies dans la lutte contre les MGF.

Ainsi, dans cette mesure, par l’intervention de diverses femmes engagées au sein de l’ONU, mais également par le biais du déploiement de femmes casques bleus dans les OMP, la lutte contre les MGF devient également un combat pour les femmes, par les femmes. 

Cependant, comment terminer cet article sans aborder l’investissement des hommes dans ce combat, comme avec les déclarations du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres ou la remise du prix Nobel de la paix à Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes » pour ses opérations sur des femmes victimes de MGF en République démocratique du Congo. 

Les MGF sont donc l’affaire de tous, et devraient être le combat de chacun. L’AISP s’indigne de ces pratiques inhumaines et dégradantes et apporte son soutien à toutes les femmes qui sont victimes de MGF, au même titre qu’elle dénonce les autres violences dont les femmes sont victimes ainsi que les mutilations imposées aux enfants.

 

Rédigé par Manon ROUBERT, LinkedIn

Bibliographie 

  1. Les mutilations génitales féminines : État des lieux et des connaissances, par Armelle Andro et Marie Lesclingand, dans Population 2016/2 (Vol. 71)
  2. Mutilations génitales féminines : quelle protection ? Céline VERBROUCK, Avocate au barreau de Bruxelles et Patricia JASPIS, Juge d’instruction Revue du droit des étrangers – 2009 – n° 153
  3. Who.int OMS, Santé sexuelle et reproductive – Prévalence des mutilations sexuelles féminines

Crédit photo : Ivan Lieman / Barcroft Media

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