Le Libéria est le premier pays d’Afrique à avoir obtenu l’indépendance, en 1847. Son histoire contemporaine est plus longue que la plupart des pays africains, et pourtant, entre 2014 et 2015 son indicateur de développement humain (calculé en fonction du niveau de vie, du niveau d’éducation, et de la santé) était l’un des plus bas au monde. Malgré tout, le 30 mars 2018 la Mission des Nations Unies au Libéria prend fin, et le travail effectué est salué par l’ensemble de la communauté internationale.

C’est un parcours du combattant que le Libéria a emprunté. Après la seconde guerre mondiale, entre 1960 et 1980, le pays connaît une période prospère. Economiquement le pays va bien, et on peut raisonnablement parler de paix dans le pays. C’est en 1980 que tout va basculer, le gouvernement en place est renversé par un coup d’état mené par Samuel K. Doe qui ne mettra que peu de temps avant d’installer une dictature.

En 1985 un groupe d’opposition mené par Charles Taylor se forme, et part en 1989 à la reconquête du Liberia. L’opposition va rapidement prendre le contrôle du pays, mais la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) envoie pour la première fois une force d’interposition, l’ECOMOG, et stoppe l’opposition aux portes de la capitale. Malgré la présence de l’ECOMOG, l’opposition parvient à tuer Doe, et la guerre s’installe entre les pro Doe et l’opposition.

En 1992 les troupes de la CEDEAO reprennent le contrôle du terrain, mais la situation va s’aggraver, des seigneurs de guerre forment des factions dissidentes, et l’anarchie s’installe. Plusieurs tentatives de négociations d’accords de paix vont être organisées par la CEDEAO, et des accords de paix seront finalement signés en 1993. Une opération de maintien de la paix va alors intervenir en coordination avec l’ECOMOG pour surveiller le respect des accords : la Mission d’Observation des Nations Unies au Libéria (MONUL). Dans les années qui suivent d’autres accords sont négociés, en 1997, le désarmement de toutes les factions est achevé, le leader de l’opposition, C. Taylor va être élu démocratiquement et le mandat de la MONUL prend fin.

En 1999, un nouveau groupe armé soutenu par le gouvernement de la Guinée apparaît : les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie. Ce groupe rebelle fait replonger le pays dans la guerre civile. S’ajoute à cela l’apparition en 2003 d’un second groupe armé, le Mouvement pour la démocratie au Libéria, entraînant la démission de C. Taylor qui ne contrôlait plus qu’un tiers du pays. Ce dernier sera jugé et emprisonné pour crime contre l’humanité et crime de guerre en raison de sa profonde implication dans la guerre civile Sierra-léonaise. En réaction la CEDEAO lance une seconde opération ayant pour but de préparer l’intervention de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL).

La MINUL  va avoir plusieurs tâches : Aider le Gouvernement à consolider la paix et la stabilité, aider dans la démobilisation des combattants, protéger les civils, appuyer le transfert à la Police nationale libérienne des compétences relatives à la sécurité, la restructuration du secteur de la justice, la participation des femmes à la prévention des conflits, au règlement des conflits et à la consolidation de la paix. La MINUL va travailler en collaboration avec la Mission des Nations Unies en Sierra Léone (MINUSIL), car de nombreux combattants sierra-léonais ont combattu au Libéria.

La mission a débuté avec un effectif de 16 475 militaires et policier provenant de 64 pays différents, et s’est terminée avec 689 militaires et policiers. En quinze année de mission, le Libéria a fait d’énormes progrès, il va être le premier pays à élire démocratiquement une femme en 2006, qui restera au pouvoir jusqu’en 2018. Cette femme est Ellen Johnson Sirleaf, fervente opposante sous C. Taylor, elle fait de la paix et du redressement économique du pays ses premières priorités. Dans ce sens elle coopère activement avec la MINUL, rendant la reconstruction du pays plus rapide et efficace. La MINUL doit son succès aux moyens qui ont été mis en oeuvre, et à la coopération avec le gouvernement. La mission coûtera quand même la vie à 204 casques bleus et policiers de l’ONU.

Aujourd’hui la présidence du Libéria a changé, George Weah est élu démocratiquement président, et lorsque sa vision en faveur des pauvres et de l’éducation encourage, la légèreté de son programme ou son alliance avec la famille Taylor inquiète. C’est un réel test, le pays doit montrer au monde qu’il a évolué et qu’il peut assurer sa propre sécurité. Pour autant le budget sécurité du Liberia s’élève à 90 millions de dollars, soit trois fois moins que celui de la MINUL. Quoiqu’il en soit les espoirs sont présent et l’avenir est plutôt optimiste comme le laisse présager la vice-secrétaire générale des nations unies  Amina J. Mohammed : “Aujourd’hui les Libériens jouissent de la paix, la MINUL laisse derrière elle un pays qui a un grand potentiel pour parvenir à une stabilité durable, à la démocratie et à la prospérité.”

On peut affirmer avec sérénité que la MINUL s’inscrit parmis les Opérations de Maintien de la Paix les plus abouties.

 

Ecrit par Robin Savary

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