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Le lundi 2 avril 2018, le nouveau Premier ministre, Abiy Ahmed Ali, a prêté serment devant le Parlement. Le transfert de pouvoir s’est déroulé pacifiquement, symbolisant un grand jour pour l’Éthiopie. C’est à la suite de la démission surprise de son prédécesseur, Hailemariam Dessalegn, le 15 février 2018 qu’il fut sélectionné pour gouverner. Les représentants du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF) procèdent à la nomination du Premier Ministre. Ce dernier porte à la fois le rôle du véritable chef de l’État et le rôle du chef de l’EPRDF. Détenant le pouvoir politique depuis 1991, l’EPRDF consiste lui-même en une coalition de quatre partis politiques : le Mouvement démocratique des Peuples du Sud de l’Éthiopie (MDPSE), le Mouvement national démocratique Amhara (MDNA), le Front de libération du peuple Tigrée (TPLF) et l’Organisation démocratique des Peuples Oromo (OPDO).

En outre, le parti politique que le Premier ministre Ahmed dirige, l’OPDO, se présente comme étant à première vue le plus réformiste de tous ceux au sein de la coalition du EPRDF. Avec le Président de la région Oromo, Lemma Megersa, le chef d’État a peu à peu conquis le cœur des manifestants qui s’opposaient au TPLF, parti politique dominant au sein de l’EPRDF.

Son accession au pouvoir est porteuse d’espoirs. Le Premier ministre a prononcé un discours d’investiture traitant de l’État de droit comme étant le but et la responsabilité du gouvernement éthiopien. À cet effet, les partis d’opposition y furent qualifiés de « compétiteurs et non plus [d’]adversaires ». L’objectif ultime de l’OPDO et du MDNA est l’application stricte et diligente de la Constitution conformément aux principes de fédéralisme et de parlementarisme.

De surcroît, le Premier ministre Ahmed a présenté des excuses à l’égard des civils qui furent blessés ou tués lors des protestations survenues dans les dernières années ainsi qu’à l’égard de « ceux qui [y] ont perdu leurs êtres chers ». Entre autres choses, il a traité des objectifs du gouvernement de dissoudre la corruption, de mettre l’emphase sur l’éducation et d’encourager le retour des exilés au pays. Ces propos répondent à d’importantes attentes de la part des jeunes générations, tel que le traitement des opposants, mais pas tous. Le Premier ministre, doctorant sur les questions de paix et de sécurité,  demeure silencieux quant à l’État d’urgence.

La République Démocratique Fédérale d’Éthiopie regroupe plus de quatre-vingts ethnies au sein de ses neuf régions administratives. Son organisation étatique consiste en un système de fédéralisme ethnolinguistique qui regroupe une hétérogénéité très élaborée de nations, de nationalités et de peuples. Cette société se singularise par une diversité de groupes linguistiques, et de mœurs culturels. Parmi eux, les quatre-vingts quatorze millions d’Oromo représentent la communauté majoritaire de la population nationale, soit plus d’un tiers. Né d’un père musulman omoro et d’une mère chrétienne amhara, le nouveau Premier ministre, lui-même protestant, évoque la représentativité identitaire. Celle-ci est une question fondamentale pour la population éthiopienne. L’accession au pouvoir du premier leader Oromo d’Éthiopie, ethnie longtemps marginalisée, fut source de célébration pour plusieurs notamment dans la région d’Oromia. En clamant leur majorité dans la population et les ressources de leur région administrative, les Oromo visaient et ont finalement obtenu une position politique au cœur du pouvoir.

Avant la nomination du Premier ministre, il y avait d’importantes tensions dans la politique éthiopienne. Effectivement, les Oromo se soulevèrent en protestant contre la répartition du pouvoir à la fin de l’année 2015, accompagné des Amhara. Ils revendiquaient une meilleure redistribution du pouvoir et une répartition plus équitable de la croissance économique.  Ensemble, ils contestaient la prééminence politique, militaire et économique de la communauté minoritaire tigréenne. C’est sur la base de plusieurs accusations contre les Tigrés (notamment d’avoir occasionné le refoulement des Oromo en dehors de leurs terres au bénéfice d’investisseurs) que débutèrent les manifestations.

De lourdes conséquences suivirent les violentes protestations en 2015 des Oromo et des Amhara : au moins un milliers de personnes perdirent leur vie et des dizaines de milliers furent mis en détention. Une importante répression s’ensuivit. En octobre 2016, un premier État d’urgence fut proclamé pour une durée de dix mois, sans empêcher pour autant la tenue d’autres manifestations à l’échelle nationale. Par la suite, un deuxième État d’urgence fut déclaré le 16 février 2018 lors de la démission surprise du Premier ministre précédent pour prévenir d’autres démonstrations brutales. À ce jour, il n’a pas encore été levé.

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Ecrit par Rahija Muslemani

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